Périr par le sexe

Extrait de texte

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Assis dans un bar, s'amuser à flirter avec la première venue. Assoiffé de sexe, la cajoler de sa langue de vipère sans se soucier des conséquences de son acte. Lui tendre un verre pour l'apprivoiser, réflexe naturel chez l'homme macho. Mais ne pas le faire paraître. L'effrayer, surtout pas. Paroles minutieusement choisies afin de flatter l'orgueil de la bête féline qui ronronne. Puis la draguer davantage tout en la saoulant. La faire tourbillonner sur un air de «The Jets » afin qu'elle soit complètement ivre. De son être, s'emparer. Aucune résistance. Surtout. Dans un coin noir, disparaître. Amas de chair déchirée et brûlante reflétant une passion devenue animale. Jouissance cosmique irréelle pour la bête qui ne raisonne plus. Se laisser caresser sans prendre le temps de résister. De penser. Le condom, oublié depuis toujours sur une étagère au fond d'une garde-robe que l'on n'ouvre jamais. La libération sexuelle, toujours vécue aussi intensément de nos jours. Les maladies vénériennes, sujet peu controversé depuis que la médecine vient à bout de tout. Mais l'ignorance, tout aussi destructive. Surtout à l'ère du sida.

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Embryon de peste moderne apparaissant dans le monde entier en 1981. Les journaux divulguant les pires calamités concernant les découvertes récentes des hommes de science. Se préoccuper de faire la manchette des journaux et des autres media à sensation sans prendre le temps de respecter le code d'éthique professionnelle. Abominable! Se nourrir de la verve de l'instant, du sensationnalisme bouillonnant. Vouloir faire frémir sans se préoccuper des dégâts éventuels. Moralité inexistante. Information incomplète servant initialement de base pour les futures injustices. Le monde, bouleversé. Dans tous les coins de la planète, murmures incessants qui cherchent à jeter le blâme sur quelqu'un, sur n'importe qui. Photo du premier cas diagnostiqué, mille fois grossis au microscope de la vie. Pour détruire, surtout. Et s'en foutre, comme si tout était normal. Ne jamais douter de la conscience professionnelle de celui qui crée. Ou qui détruit. L'appuyer même afin de dénigrer les gens sans pudeur qui osent être déviants. Pourtant, début de tristesse intense enveloppant la terre de son manteau de brume. Éclairer, pour obscurcir davantage ce qui doit être considéré comme le pire fléau des temps modernes. Et ne pas comprendre. Dommage

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Entendre parler du sida pour la première fois, mais ne pas s'en préoccuper davantage. Avoir la sensation que ce syndrome tropical n'existe pas ici et qu'il n'est pas vraiment dangereux. Ainsi, la puissance indiscutable de la médecine, capable de soulager les peurs. De les éliminer même. Ne pas s'imaginer pour un seul instant que tous peuvent être atteints de cette maladie bizarre. Non, jamais. D'ailleurs, se réconforter en sachant que toutes les maladies vénériennes peuvent maintenant être traitées. Donc, ne pas s'émouvoir outre mesure pour un petit virus étrange venu d'ailleurs. En rire même, pour cacher l'inconnu qui nous fait peur. Mais ne pas souffler mot. Sa vie, la vivre telle quelle sans se poser davantage de questions. Les relations multiples, qu'un fait divers dans notre société civilisée. De toute façon, ne se soucier que de soi-même. Indéfiniment. Fantasmes sexuels apaisés pour toujours. Et en vouloir de plus en plus pour se libérer de ces tensions quotidiennes qui nous détruisent petit à petit. Plus important encore, s'épanouir en tant qu'être humain en se servant du sexe comme sa planche de salut. L'Homme, animal toujours.

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Les discussions avec les plus grands savants du monde médical, portées au petit écran. Tentatives d'expliquer le phénomène, vaines. Peu de bases solides pour cerner l'étendue de ce nouveau syndrome qui tue avec la vitesse de la lumière. Des dizaines de théories avancées cependant, mais sans aucune certitude. Les scientifiques, vraisemblablement étouffés par le manque flagrant de savoir. Humiliés aussi. Néanmoins, se débattre pour dénicher une explication plausible. Ne pas laisser transparaître l'ignorance de la science, surtout. Alors faire semblant que l'on sait déjà beaucoup de choses et qu'une piste vers la guérison est connue. Pour les media, nouvelle à sensation sans précédent. Scoop merveilleux faisant tripler la vente des journaux et les cotes d'écoute. Alimenter le débat, tout à fait normal si on veut augmenter son chiffre d'affaires. Assoiffés de popularité, que des journalistes accourant de partout pour scruter avec minutie la vie personnelle des premiers sidéens. Tumulte incontrôlé et incontrôlable dans le domaine journalistique à la recherche de prestige. Le quatrième pouvoir, objet de destruction lorsqu'on y pense.

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Rire de ce nouveau péril rose qui abat les homosexuels comme de vulgaires mouches. Au-dedans de soi, peur profonde. Mais ne jamais laisser transparaître les craintes. Surtout pas. La peste rose, un châtiment juste au fond. Relations contre nature. Promiscuité abondante. Mode de vie de débauche. Tout pour appuyer les on-dit religieux fortement hypocrites. D'ailleurs, prouver ses dires par les passages de la Bible pour se donner bonne conscience. Mais oublier toutefois que son propre mode de vie est tout aussi malsain que celui de l'autre, mauvais. Se fermer les yeux par peur de regarder la réalité en face. Les oreilles, bouchées elles aussi pour ne pas entendre les avertissements des experts qui tentent désespérément de dénouer l'énigme du siècle. Au fond, se sentir à l'aise et en sécurité. Le triangle rose des nazis, le retrouver aujourd'hui avec la même haine. Le revivre, malgré soi. Perpétuel scandale issu de l'être humain impuissant face à sa force dévastatrice. En fait, discriminer l'autre pour se déculpabiliser. Normal. Sauf que l'inconscient, lui, toujours songeur. La torture engendrée à l'intérieur de soi pour se propager davantage.

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